Qu’est-ce qu’un « contenu préjudiciable » sur internet? La définition est contestable, subjective et ouverte à toute sorte d’interprétations, et la majorité des interventions pour lutter contre ce contenu s’intéressent surtout à l’obscénité et à la pornographie infantile. Ceux qui travaillent pour les droits sexuels s’inquiètent du rôle croissant des forces conservatrices – appuyées par les extrémistes religieux – et leurs tentatives d’encourager une nouvelle législation qui traiterait tous les échanges sexuels en ligne comme de la prédation sexuelle et tous les contenus adultes sur internet comme de la pornographie. Cette approche protectionniste occulte d’autres aspects importants de l’internet qui influent directement sur la vie des internautes et leur capacité d’accéder à une information vitale sur la sexualité, la santé sexuelle et les droits sexuels. EroTICs, une recherche exploratoire que vient de lancer APC, vise à réduire l’écart entre les hypothèses politiques et une meilleure compréhension des contenus et des préjudices en fonction des expériences vécues de la sexualité en ligne.
Description du projet pour APC.org:
Dès 2005, le Programme des femmes d’APC (PARF APC) a commencé à étudier des questions liées à la sexualité et l’internet dans le contexte de la régulation du contenu et des droits de communication des femmes. EroTICs, un projet de recherche de deux ans et demi qui durera de 2008 à 2010, mènera une recherche dans plusieurs pays pour répondre à la question suivante:
En quoi les nouveaux débats et la régulation croissante du contenu en ligne gênent-ils ou facilitent-ils les différentes utilisations de l’internet par les femmes et l’impact sur leur expression sexuelle, la sexualité, la santé sexuelle et l’affirmation des droits sexuels?
(Autrement dit: de quelle façon l’internet et les politiques de TIC modèlent-ils les pratiques sexuelles des femmes qui vivent dans des contextes sociopolitiques, économiques et culturels différents?)
En raison de la nature complexe du sujet, la recherche doit être menée dans deux directions:
La population visée par l’étude
La recherche portera sur les réseaux, les communautés et les groupes qui travaillent en ligne pour la sensibilisation, le plaidoyer et la prestation de services favorisant l’avancement des droits sexuels, de la santé sexuelle et de l’éducation sexuelle. On s’intéressera plus particulièrement aux communautés à la marge des droits sexuels. Ces groupes sont des parties prenantes essentielles au débat sur la régulation du contenu car ils sont particulièrement investis dans la capacité d’accéder à l’internet, de le modeler et de définir les buts et l’accessibilité de l’internet. Deux groupes ont été identifiés: les jeunes (un des groupes les plus visibles identifiés dans les interventions de régulation du contenu) et les lesbiennes ou bisexuels (une des sections de la société les plus invisibles).
Pour étudier les droits sexuels et leur expression, nous ciblerons également les plateformes en ligne comme Facebook, Orkut, Second Life et les espaces en ligne de l’expression sexuelle et de la socialisation, comme les babillards, les discussions en ligne, les listes de distribution “fermées” et “ouvertes au public”, les blogues et les sites d’annonces personnelles (p. ex. sites de fiancées par correspondance, sites web pour avoir un partenaire ou une aventure sexuelle).
Les études nationales
Plutôt que de viser une représentation globale équilibrée, nous choisissons des pays qui présentent les conditions que nous voulons étudier, notamment les tarifs élevés de l’accès, l’étendue des pratiques de filtrage de l’internet, la présence de partenaires de recherche et la prévalence de débats publics sur les droits sexuels. Les pays visés pour le moment sont les suivants :
Afrique: Afrique du Sud
Les principaux groupes ciblés par les résultats de la recherche
Ceux qui défendent les droits sexuels et les droits de communication, en particulier ceux qui participent aux processus des politiques de TIC – y compris les groupes de protection des enfants qui se mobilisent autour d’internet, les groupes qui oeuvrent pour la santé sexuelle et reproductive et qui militent aux Nations Unies, les chercheurs qui travaillent sur l’interface internet/sexualité dans des pays qui feront probablement l’objet de la recherche et les acteurs clés qui utilisent et étudient l’utilisation de l’internet pour l’éducation sexuelle.
L’application des résultats de la recherche
En plus de la recherche, EroTICs se consacrera aux tâches suivantes :
* étudier l’impact de la régulation du contenu internet sur les droits humains et les libertés fondamentales (plus particulièrement celles liées aux droits de la sexualité) et enraciné dans les expériences des groupes touchés
En lire plus sur le “contexte du project EroTICs”:http://www.apc.org/fr/node/7954.
Équipe de recherche
> Brésil: Sonia Onufer Corrêa, Marina Maria Ribeiro Gomes da Silva and Jandira Queiroz e Cavalcanti (Sexuality Policy Watch) et Bruno Dallacort Zilli, Horacio Federico Sívori et Anna Paula Uziel (CLAM)
> Inde: Manjima Bhattacharjya et Indira Maya Ganesh (chercheures indépendnates)
> Liban, avec un élément comparatif avec l‘Égypte: Nadine Moawad (chercheure indépendante)
> Afrique du Sud: Jeanne Prinsloo, Relebohile Moletsane et Nicolene C. McLean (Rhodes University, Grahamstown)
> États-Unis: Melissa Hope Ditmore et Kevicha Echols (Sex Work Awareness)